Progresser sans s’entraîner, c’est possible!

“Blessé, en regardant les matchs, j’imaginais comment contrer tel ou tel attaquant, quelle passe faire. J’ai appris qu’on pouvait progresser sans même pouvoir s’entraîner," Vincent Kompany, ancien footballeur international. S'entraîner sans glace, est-ce possible pour des patineurs synchro?

Team Zoulous (FRA)
DĂ©couvrez cette technique avec Alicia Trompette, correspondante pour Jura Synchro en France et patineuse senior ISU.

L’imagerie mentale, qu’est-ce que c’est ? 

L’imagerie ou la visualisation mentale c’est le fait de visualiser mentalement son sport. Se visualiser va permettre de ressentir les sensations et d’activer les sens. En synchro, nous pouvons nous visualiser en train de faire nos programmes en écoutant la musique mais aussi le moment avant que la musique commence, l’entrée en piste, l’échauffement... Une visualisation positive (visualiser réussir un élément technique par exemple) va permettre d’optimiser la performance.

Comment ça marche ?  

La visualisation doit être positive. Il s’agit peut-être d'un placement sur la glace, une raccroche, le point clé de la réussite de l’élément.

Il faut aussi rester dans une visualisation rĂ©aliste : si je n’ai jamais fait de sauts de ma vie, me visualiser en train de rĂ©aliser un triple axel ne me fera pas atterrir le saut.  

(Credits: Olivier Brajon / Patinage Magazine)
Le fait de visualiser va activer dans le cerveau la mĂŞme zone que lorsqu’on le fait pour de vrai. Il va enregistrer les mouvements imaginĂ©s et donc les scĂ©narios et images positives. L'information est alors sauvegardĂ©e et peut devenir un automatisme : la visualisation permet donc de s’entraĂ®ner... sans s’entraĂ®ner !  

Par exemple si à l’entraînement j’ai réussi tous mes twizzles, je vais essayer de trouver ce qui a fait ma réussite. Peut-être le placement de mon haut du corps, de mon patin, la direction que j’ai prise, une correction de l’entraîneur... et je vais le noter.

Ainsi, lorsque je me visualiserai en train de réaliser les twizzles, je me souviendrai de la sensation, du bruit de ma lame, de mon corps bien placé, etc.

Les Zoulous à la Lumière Cup 2019
Quelques exemples en patinage synchronisĂ© : 

Dans mon Ă©quipe, les Zoulous, nous visualisons Ă©normĂ©ment en compĂ©tition. Nos corps savent et reconnaissent le moment oĂą il faut se concentrer.  

Nous avons une première visualisation, personnelle, dans les gradins de la patinoire avant chaque Ă©chauffement au sol, qui dure entre 10 et 15 minutes puis une visualisation collective, dans le vestiaire juste avant d’aller patiner. Certains d’entre nous le font Ă©galement le soir avant la compĂ©tition.  

Il y a deux façons de visualiser : soit interne c’est à dire on visualise à travers ses propres yeux, soit externe où l’on se voit de l’extérieur. Le but est de trouver ce qui marche le mieux pour l’athlète.

Personnellement, j’utilise les deux. Je vais Ă©couter trois fois la musique du programme. Sur la première Ă©coute, yeux fermĂ©s assise, je visualise le programme de mon point de vue. La seconde, yeux ouverts toujours assise, je suis du regard mon parcours sur la glace. J’écoute une dernière fois la musique, debout cette fois ci et je vais marquer les pas, pour activer mes muscles. D’autres de mes coĂ©quipiers prĂ©fèrent rester assis tout le long, d’autres vont marquer le programme pendant les 10/15 minutes. 

Que faire si l’on visualise une chute / si on se voit Ă©chouer ?  

Pour donner un exemple, aux championnats du monde 2017, mon Ă©quipe et moi passions derniers du programme court. Nous Ă©tions donc dans les gradins avant notre visualisation et l’équipe amĂ©ricaine des Crystallettes patinait et une athlète est tombĂ©e dans la prise d’élan du bloc pivot.

Ma première pensée a été "et si nous aussi, on avait une chute avant le bloc pivot ?". L’équipe suivante était Les Suprêmes. Cette fois-ci, c’est une chute sur l’angle avec une sérieuse blessure. J’ai senti le stress monter: "et si ça nous arrivait aussi ?".

Lorsque j’ai commencĂ© ma visualisation, je me voyais tomber! J’ai alors stoppĂ© la musique et j’ai repensĂ© Ă  toutes les fois oĂą les Ă©lĂ©ments s’étaient bien passĂ©s, sur la glace des Mondiaux, comme Ă  l’entraĂ®nement en France.  

J’ai réussi à “bloquer” les mauvaises images en me focalisant sur les bonnes sensations des entraînements et le stress est redescendu. Une fois sur glace, je n’y pensais plus : uniquement de la confiance en moi et mon équipe.

Écouter une musique que l’on aime et qui nous rassure peut Ă©galement aider Ă  “dĂ©stresser” - faites-vous une playlist sympa pour le vestiaire, Ă  Ă©couter en Ă©quipe ! 

Essayer de se concentrer dans une patinoire pleine avec le bruit et les passages peut être difficile, mais avec l'expérience rien ne nous perturbe
Il y a une phrase qui m’a marqué lors de mes premiers championnats du monde. Lyne Forget, ex-entraîneure des Suprêmes venait nous aider de temps en temps pendant notre saison. Une fois arrivés à Boston, elle nous répétait toujours avec son accent québécois “Boston, c’est comme Lyon”!

Si une patinoire vous impressionne, essayez de visualiser votre patinoire Ă  la maison. Depuis, je repense toujours Ă  cette phrase et mĂŞme patiner dans l'incroyable arena â€śGloben” aux Mondiaux de Stockholm en 2018 ne m’a pas stressĂ© plus que ça! 

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